29.05.2008
Ce pétrole d'où tant de choses viennent...
Je me permets de reproduire ici un texte publié sur l'excellent blog de Fabrice Nicolino hier. Et qui montre bien qu'en plus des énormes problèmes de transport que va nous poser le peak oil, notre pétro-dépendance est partout. Absolument partout. Dans tous nos gestes quotidiens, y compris celui que j'accomplis en ce moment même. Place à ce petit cours de chimie et de réalité.
En sus, je vous recommande aussi la lecture de cet article du très avisé Yves Cochet (député Vert français) : La fin du monde tel que nous le connaissons.
Salut!
Quand on extrait d’une couche géologique du pétrole brut, on se retrouve avec un produit visqueux et passablement inutile. À ce stade, il sert surtout à se noircir les mains. Le pétrole, comme chacun sait, doit aller se faire raffiner dans une cathédrale industrielle. Là, selon les cas et les situations, on en obtiendra différentes qualités, cette fois utilisables par l’homme.
Pour commencer, on chauffe le tout à 385 °C et quand le pétrole est parvenu à la température idoine, il est conduit sagement dans une tour de distillation où ses principaux composants se sépareront à jamais. Le gazole servira aux camions et aux innombrables bagnoles diesel. Le fioul chauffera maisons, usines et bureaux, à défaut de nos âmes. Le kérosène permet(tra) à madame Christine Lagarde de franchir l’Atlantique en avion chaque semaine, du temps en tout cas où elle n’était pas encore ministre des Finances, mais seulement businesswoman internationale. Le naphta, enfin, sera changé par un coup de baguette magique en essence automobile et bien d’autres merveilles.
Merveille, en effet, merveille et grandes merveilles. Reprenons l’exemple du naphta, dont les molécules se condensent entre 180° et 40° dans la tour de distillation. Il ne va pas servir seulement à faire rouler nos belles autos, mais aussi à fabriquer des engrais, des pesticides, des médicaments, des parfums, des cosmétiques, des lessives, des colorants, et tellement d’autres créations du génie humain que la liste entière ferait aisément le tour de notre si petite planète. Parmi eux, les glorieux plastiques.
Pour obtenir du plastique, il faut polymériser. Fastoche. Vous mélangez naphta et vapeur d’eau, vous faites cuire à (très) gros bouillons - 800° -, puis vous refroidissez sans prévenir. Les molécules de naphta se cassent et se changent en monomères. C’est le craquage. Ensuite, il suffit de mettre en réaction ces petites molécules, lesquelles, comme de gentils toutous, formeront des assemblages et enchaînements de molécules, les polymères. Tous les plastiques sont polymères, mais tous les polymères ne sont pas des plastiques. Voyez, c’est à notre portée.
À ce moment de l’histoire, ébahis, nous voyons apparaître une matière toute nouvelle, solide, dont nous allons jouer pour fabriquer ce qui nous passe par la tête : climatiseurs, antiseptiques, gazon artificiel, asphalte, aspirine, ballons, pansements, bateaux, bouteilles de Volvic, caméras, bougies, voitures, moquettes, cassettes vidéo, calfeutrage, CD, peignes et brosses, ordinateurs, crayons de couleur, crèmes, adhésifs dentaires, déodorants, détergents, produits-vaisselle, habits, séchoirs, couvertures chauffantes, toile isolante, engrais, leurres de pêche, fils de pêche, cire pour sols, ballons de foot, colles, glycérine, balles de golf, cordes de guitares, teintures pour cheveux, bigoudis, aides auditives, valves cardiaques, peintures, congélateurs, encres, insecticides, isolation, kérosène, gilets de sauvetage, linoléum, beurre de cacao, rouges à lèvres, haut-parleurs, médicaments, éponges, lubrifiants, casques de moto, pellicule cinématographique, vernis à ongles, filtres à huile, pagaies, pinceaux, parachutes, paraffine, stylos, parfums, Vaseline, chaises en plastique, vaisselle en plastique, ruban adhésif, contreplaqué, réfrigérateurs, roues de skateboards, sacs poubelle, bottes en caoutchouc, chaussures de jogging, saccharine, joints (et non pas joints), cirage, chaussures, rideaux de douche, solvants, lunettes, chaînes-stéréo, pulls, balles de ping-pong, enregistreurs, téléphones, magnétoscopes, raquettes de tennis, thermos, collants, garnitures de WC, dentifrice, transparents, pneus, rubans encreurs, parapluies, capsules de vitamines, tapisseries, conduits d’eau, résines.
Ce n’est qu’une courte sélection, car avec PVC, polypropylène, polyéthylène, polystyrène, polyesters insaturés, polyuréthannes, silicone, polyépoxydes, entre autres, on peut s’amuser jusqu’à la fin du monde. Et d’ailleurs, à ce propos, que se passera-t-il fatalement quand le pétrole viendra à manquer pour de bon ? Je vous pose la question, car j’ai confiance dans votre sens de l’imagination.
Autre interrogation majeure : de quoi nous parle-t-on au juste ? Les responsables publics dont nous sommes affligés gâchent la totalité de leur temps, qui est un peu le nôtre, à évoquer pèle-mêle le prochain congrès socialiste, l’âge du capitaine Sarkozy, la joliesse de son épouse, le point de croissance qui nous manque, la coupe d’Europe de football, le cours du porc au marché au cadran de Plérin, et bien entendu le sort de notre géant Renault-Nissan.
En somme, pas un ne prépare l’opinion de ce pays à affronter une crise globale, gravissime et désormais inévitable. Je vous le demande donc avec insistance : que faut-il penser de ces excellentes personnes ? Je ramasse la copie demain matin.
23:09 Publié dans Décroissance, Pétrole, Economie | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pétrole, plastiques, fabrice nicolino


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Commentaires
"Je me permets de reproduire..."
Faites, faites, puisqu'on ne se fatigue pas à vous lire, il n'y aurait pas de raisons que vous vous fatigassiez à rédiger...
Ecrit par : Scipion | 29.05.2008
Et oui et alors?
Après c'est à chacun de voir les choses de manière différente. Ce sera une crise pour les pessimiste, gens qui n'arriveront pas s'adapter, à trouver des solutions et ce sera un changement pour les autres, les optimistes, ceux qui tenteront de trouver des solutions plutot que de problème.
Mais une chose est sûr, tout comme il se passe aujourd'hui, ce sera les pessimistes qui tenteront de faire payer les optimistes. Certainement du à leur frustration de voir que le monde n'est pas si pourri que ca, dans n'importe quelles conditions.
Entre temps, il y'en a toujours qui parlent beaucoup mais à part des interdits et des taxes, de prétendre que le train va permettre de régler tout les problèmes dans le monde n'amène pas grande solutions qui permettra de passer outre.
Ecrit par : DdDnews | 30.05.2008
"Et d’ailleurs, à ce propos, que se passera-t-il fatalement quand le pétrole viendra à manquer pour de bon ?"
Pour toutes les applications dans lesquelles le pétro-plastique est utile, on pourra peut-être bien le remplacer par la cellulose, tout simplement. Ce polymère produit naturellement par poly-mère nature est dont est constitué tous les végétaux.
Bien entendu, il faut certainement aussi mille opérations pour pouvoir l'utiliser pour les mêmes applications que les pétro-polymères, mais on aura certainement plus le choix le moment venu.
Se posera aussi le problème de la concurrence entre cultures alimentaires et cultures plasticoles. Mais ça, on ne pourra pas y couper non plus: rien ne se perd, rien ne se crée..
Sauf erreur, actuellement en France, les petits sacs de supermarché sont déjà obligatoirement en plastique végétal.
Scipion, vous ne lisez pas et vous commentez quand même ? A ce stade, ce n'est plus de l'amour, c'est de la rage. ;)
Ecrit par : Fufus | 30.05.2008
"Scipion, vous ne lisez pas et vous commentez quand même ?"
La démarche, pas le contenu... Il ne faut jamais laisser sévir impunément.
Ecrit par : Scipion | 30.05.2008
Pour calmer un peu la sinistrose : je pense que ces crises actuelles sont une très grande chance. Pour le pétrole, tout ce que dit Sandro M est connu de longue date. Les pétroliers sont certainement les premiers à vouloir éviter le pire. (schistes bitumineux : 65 USD/baril...)
De même, la crise alimentaire. Il ne faut plus permettre à certains gouvernements d'un certain continent de donner les surplus de la nourriture pour cochons américains à leurs peuples. Normalement, tous les crétins altermondialistes qui sont majoritaires dans les blogs TdG-24 heures devraient être d'accord...
De même, la crise des subprimes élimine une espèce nocive d'ingénieurs financiers qui a visiblement abusé de la coke : cela va faire baisser les risques en matière d'investissements et faire chuter les bénéfices des trafiquants de drogue. Pourquoi ne pas s'en réjouir ?
Vous voulez encore d'autres démonstrations ? Le tremblement de terre en Chine a démontré la profondeur insondable de la connerie de toutes ces pétasses insupportables de Hollywood, Sharon Stoned, Angelina trucmuche et alii qui viennent nous faire la leçon humanitaire à Davos...
J'en rajoute quand vous voulez...
Ecrit par : Géo | 30.05.2008
"Les pétroliers sont certainement les premiers à vouloir éviter le pire. (schistes bitumineux : 65 USD/baril...)".
Vous pensez que c'est une question de prix uniquement ? Le jour où extraire un baril de pétrole sera tellement difficile que celà coutera plus d'énergie qu'un baril de pétrole, plus aucune compagnie n'en extraira pour en faire du carburant. Enfin, je suis peut-être optimiste, vu les pulsions quelque peu suicidiaire de l'humanité actuellement, on risque encore de brûler du charbon pour extraire du pétrole à brûler.
Ecrit par : PtitSuisse | 30.05.2008
Non, on transformera le charbon en carburant, bien sûr. Et du charbon, il en reste énormèment. Surtout en Chine, où ils savent comment traiter les Ptit Suisse et autres Sandro Minimo
Ecrit par : Géo | 30.05.2008
"Non, on transformera le charbon en carburant, bien sûr".
Le même problème se pose: le jour ou le processus d'extraction-transformation coûtera plus d'énergie qu'il n'en produit, il faudra passer à autre chose.
Ecrit par : PtitSuisse | 30.05.2008
Je n'ai pas de doute non plus à ce sujet...
Ecrit par : Géo | 30.05.2008
L pétrole n'est pas que source d'énergie, mais aussi une matière première indispensable à grand nombres d'industries qui, en réalité, ne consomment qu'une faible part de la production, l'essentiel étant brulé pour produire de l'énergie sous toutes ses formes.
Puisque le prix du baril est fixé par les marchés, il est soumis à la loi de l'offre et la demande, d'où les véritables problèmes qui commencent dès que la demande dépasse l'offre et qui se produiront bien avant un quelconque épuisement des réserves du simple fait de l'explosion de la demande. Peu importe qu'il reste des réserves pour 20 ou 50 ans, c'est un faux débat, la grande majorité d'entre nous devrons apprendre à nous en passer bien avant cela.
Il faut vite changer nos habitudes pour réduire notre consommation d'énergie, et pour ce faire on a besoin de pétrole. Si on n'anticipe pas la pénurie, il sera trop tard pour agir efficacement et la crise qui en découlera ébranlera toute l'organisation de nos sociétés shootées à l'énergie pas cher.
Ecrit par : kretch | 31.05.2008
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