25.09.2008
Crise financière et hémiplégie du capitalisme
Inspiré par la dernière note de Jean-Noël Cuénod sur la crise financière, je tiens à vous livrer ces très modestes réflexions sur l'état du monde, du système économique qui l'écrase et de l'impasse dans laquelle nous mèneront les réformettes strictement cosmétiques qu'on entend appliquer sur une économie fondamentalement hémiplégique et donc parfaitement inhumaine et insoutenable.
Mais tout d'abord, les mots de l'auto-proclamé "Plouc" (qui mériterait au passage sobriquet plus valorisant) qui m'ont inspiré les pensées ci-dessous :
Bien plus que la question des "dérives de la finance" ou d'un prétendu problème de "régulation", c'est bien là le coeur du problème. Notre société toute entière est tournée vers l'économie en se soustrayant systématiquement à ses "impératifs". Et cette économie repose intégralement sur ce que Mr Cuénod nomme si justement l'appât du gain, l'Amoral par excellence."Le capitalisme n’est ni moral, ni immoral. Il est amoral par essence. Comme la force électrique qui peut servir à tuer ou à faire vivre. Sa puissance, il la tient d’une caractéristique humaine qui ne saurait répondre aux canons moraux: l’appât du gain. Ce moteur permet à l’économie de rouler."
Alors certes, l'intérêt individuel et l'avidité font, entre autres choses, partie de notre nature humaine, inutile de chercher à le nier. Mais contrairement à un enfant non-éduqué et mû par son seul principe de plaisir égoïste, l'homme, adulte, a développé d'autres qualités que la vénalité sur laquelle repose ce système économique infantile et pulsionnel qui domine le monde. Le désintéressement, la générosité, le sens du partage, la sobriété, le sens des limites, la morale, l'éthique, le souci de justice sociale et le respect pour ce qui nous entoure (nos congénères, notre environnement), tous ces éléments sont volontairement omis par le système économique actuel.
Or, lorsque tout repose sur cette hémiplégie originelle, comment imaginer un système vertueux, durable, équilibré ou même vaguement désirable? Choisir entre un monde fait de quelques gros requins et de milliards de poissons ou un monde avec 6 milliards de petits requins, ce n'est pas une alternative. Car il nous faut refuser la guerre de "tous contre tous" que nous propose le capitalisme libéral. Or, la "libre concurrence" n'est rien d'autre qu'une guerre des hommes entre eux, et des hommes contre la nature.
La crise actuelle est l'occasion d'une remise en cause totale de ce système, brutal et incomplet qui nous mène à la faillite planétaire. Mais au contraire des pitoyables tentatives du siècle passé, nous devrons impérativement repenser nos rapports aux objets, à la production, à nos besoins. Car une société, fût-elle plus égalitaire ou plus "socialiste", tant qu'elle est basée sur la consommation, l'accumulation et l'abondance matérielle et la recherche d'une croissance infinie ne sera pas plus supportable par la planète que le capitalisme actuel. Et elle se heurtera vite aux limites physiques de nos ressources.
Etre anti-capitaliste au XXIè siècle, c'est forcément devenir anti-productiviste. C'est questionner la production avant de défendre aveuglément l'industrie. Questionner la consommation avant de défendre le "pouvoir d'achat". Sans courir après la dangereuse illusion d'un homme nouveau, il nous faut inventer un autre système, qui ne repose plus intégralement sur un seul hémisphère de l'homo sapiens (sa cupidité, sa volonté d'amasser les richesses et les biens), mais qui stimule et encourage avant tout ce qui fait notre humanité : la générosité, le sens du partage, le souci d'égalité et de justice sociale, la simplicité volontaire, etc.
Car, lors des prochaines crises (crises des ors noir et bleu, réchauffement climatique, etc.), aucun filet de sécurité ne sera tendu à l'humanité. Les contribuables du monde entier ne pourront rien contre l'inéluctable décroissance énergétique ou la disparition des écosystèmes. C'est pourquoi nous avons le devoir moral d'anticiper et d'agir, pour faire et vivre autrement.
Et nous devons saisir l'occasion de l'effondrement actuel du fils (la doctrine néo-libérale), pour balayer le père (le capitalisme)... et le saint esprit (la croissance).
22:22 Publié dans Décroissance, Pétrole, Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : anticapitalisme, capitalisme, libéralisme, crise financière
02.05.2008
Casser un McDo : est-ce bien nécéssaire?
À Lausanne, jeudi 1er mai 2008, quelques pavés ont volé dans les vitres du McDonald's St-François.
Je n'y étais pas. Je n'ai pas vu ceux qui l'ont fait, et ne connais pas leurs motivations. Mais sur le fond : qu'en penser?
Voici, pour illustrer ma pensée, deux photos prises au XXIè siècle dans le même monde.
A gauche, deux enfants malnourris entrain de manger au McDonald's.A droite, une femme haïtienne entrain de faire sécher des galettes de boue pour ses enfants, eux aussi malnourris.

Je pense qu'il me sera inutile d'expliquer comment McDonald's a contribué à déforester massivement l'Amazonie pour y planter ses monocultures intensives de Soja destinées à nourrir ses animaux génocidés par millions dans des abattoirs mécanisés, pour développer un modèle nutritionnel infâme de malbouffe mondialisée, standardisée et uniformisée à l'échelle planétaire, encourageant une alimentation sur-carnée (complètement insoutenable écologiquement), privant ses employés de syndicats, ruinant les cultures culinaires locales (un nouveau McDo ouvre toutes les 7 heures dans le monde), détruisant les "manières de manger" (il faut bouffer vite, avec les doigts, sous des néons, assis inconfortablement, en buvant forcément un soda hypra-sucré bourré de glaçons qu'on ne parvient jamais à finir, le tout en produisant des tonnes de déchets à chaque repas), à grand renfort de publicité mensongère visant directement les gamins par sa mascotte (la lobotomie McDo chez les enfants fait peur)... devenant ainsi le symbole de tout ce que notre société gloutonne ultra-capitaliste a produit de pire.
c'est juste symboliquement salutaire.
16:15 Publié dans Agriculture, OGM, Viande... | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mcdonald's, haiti, anticapitalisme
18.04.2008
Ecologie ou capitalisme : il faudra choisir!
Le débat démocratique est l'oeuvre de consensus, de compromis, de négociations. Mais il arrive des moments où il faut savoir trancher. Aujourd'hui la question, schématisée, se pose en ces termes :
Soit nous voulons poursuivre le capitalisme libéral actuel qui se dope à la croissance perpétuelle et à la destruction des ressources.
Soit nous voulons résoudre la crise écologique qui menace les équilibres planétaires fondamentaux (biodiversité, ressources en eau et en pétrole, climat, sécurité alimentaire, etc).
La double contrainte "économie de croissance / écologie", personnifiée dans l'expression oxymorique "développement durable" est donc une impasse intellectuelle et physique. (ici) "L'effet rebond" est une des démonstrations les plus flagrantes de ce paradoxe (ici).
Un enfant de cinq ans comprend que la croissance économique infinie - sur laquelle repose le capitalisme et même les projets de gauche "moderne" - est, en soi, parfaitement incompatible avec un monde aux ressources limitées tel que nous le connaissons. Mais cette double injonction, qui nous pousse à faire croître de manière exponentielle la production et de consommation tout en voulant sauver la planète s'avère surtout impossible à mettre en oeuvre dans les faits.
Impossible de concilier les intérêts des grands semenciers pourvoyeurs d'OGM (Monsanto, etc.) et la biodiversité, comme l'a montré la loi pro-OGM votée hier en France. (ici)
Impossible de réduire les émissions de CO2 liées aux transports tout en n'imposant aucune contrainte aux constructeurs automobiles allemands (pour ne prendre qu'eux), comme le montre la réticence allemande aux lois européennes sur l'automobile, alors que la même Allemagne poussait à Bali pour des mesures ambitieuses. (ici) Impossible même de réduire nos émissions de CO2 en continuant à vendre toujours plus de voitures, mêmes "moins polluantes".
Impossible d'envisager une réduction des consommations superflues dans un système économique où tout repose précisément sur l'injonction à consommer, relayée par une publicité omniprésente. (ici)
Impossible de développer de véritables politiques de sobriété énergétique dans un monde où la privatisation galopante contamine les marchés de l'électricité, laissant s'y infiltrer des entreprises qui ont tout à perdre à ce que la population réduise sa consommation.
Impossible encore de transférer les marchandises de la route au rail, lorsque les entreprises s'en chargeant sont privatisées et réduites à une logique de pure rentabilité économique (CFF Cargo).
Impossible de continuer la croissance d'un canton comme Genève sans continuer à bétonner, à polluer et à motoriser toujours plus. (ici)
Impossible de réduire l'empreinte écologique de l'occident sans décroissance.
Impossible d'imaginer un monde écologiquement soutenable où les pays riches consommeraient toujours 1000 fois plus que leurs frères africains. Encore plus impossible si l'on imagine les pays du Sud accéder au niveau de vie européen en terme de motorisation, de voyages en avion, de consommation de viande, etc.
Impossible de concevoir un projet de société écologique où le travail d'un seul homme pourrait valoir 1000 fois le travail d'un autre comme c'est tellement souvent le cas aujourd'hui.
On pourrait multiplier les exemples à l'envi pour montrer que l'écologie libérale ou le capitalisme vert n'existeront jamais sérieusement. Il n'y aura pas de véritable solution à la crise écologique globale sans une remise en cause radicale de la société de consommation, car la crises écologiques, économiques, sociales, culturelles et démocratiques qui traversent nos sociétés sont intimement liées, et doivent être traitées dans leur globalité.Même Nicolas Culot - le super hélicologiste financé par le capitalisme sauvage de TF1, de L'Oréal et des lobbies autoroutiers - est entrain de s'en rendre compte, puisqu'il réalise (enfin!) qu'il faut en finir avec le libéralisme. Il le disait il y a quelques jours dans une interview au Journal du Dimanche. Il se sentirait même proche de... Besancenot! (ici)
Comme quoi, même les pires éco-tartuffes, lorsqu'ils branchent leur cerveau, finissent par réaliser que "non, tout n'est pas possible".
08:35 Publié dans Décroissance, Pétrole, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ecologie, décroissance, anticapitalisme


